Sommaire
Pendant longtemps, il y a quelque chose qui me dérangeait quand je priais, sans que j'arrive vraiment à le formuler.
Comme on me l'avait appris, je terminais mes prières par « au nom de Jésus ». Et dans la même prière, je m'adressais à « Dieu tout-puissant ». D'accord, c'est la manière de demander, je respecte. Mais regarde ce que je faisais : je parlais à quelqu'un, au nom de quelqu'un d'autre. Je ne sais pas pour toi, mais dans ma tête, c'étaient deux personnes. Celui à qui je parle, et celui au nom de qui je parle.
Et pourtant, dans la grande majorité des églises, on m'a toujours dit que Jésus est Dieu. Alors je parlais à qui, exactement ? Est-ce que je demandais à Dieu au nom de Dieu ?
Cette petite gêne m'a conduit vers une des questions les plus importantes qu'un croyant puisse se poser : qui est Dieu, et qui est Jésus ? C'est exactement la question à laquelle répond la doctrine de la Trinité, que la plupart des chrétiens confessent… et que d'autres, chrétiens compris, rejettent.
Pourquoi ce n'est pas une question de détail
Sur la divinité de Jésus, chrétiens, musulmans et juifs ne sont d'accord sur presque rien. Mais il y a un point sur lequel tout le monde s'accorde : si tu te trompes de Dieu, ce n'est pas anodin.
Et c'est vrai des deux côtés. Jésus lui-même cite l'Écriture : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul » (Matthieu 4:10). Si Jésus n'est pas Dieu, alors l'adorer reviendrait à rendre à une créature ce qui n'appartient qu'à Dieu. C'est la position de l'islam, du judaïsme et de plusieurs groupes chrétiens.
Mais l'inverse est tout aussi lourd. Dans l'Évangile de Jean, on lit : « afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père. Celui qui n'honore pas le Fils n'honore pas le Père qui l'a envoyé » (Jean 5:23). Si Jésus est Dieu, alors lui refuser l'adoration, c'est refuser Dieu lui-même.
Autrement dit, chaque camp estime que l'autre commet une faute grave, mais dans des directions opposées. C'est pour ça qu'on ne peut pas se contenter de croire « parce que mon église le dit », ni de rejeter « parce que ça ne me paraît pas logique ».
Comme pour l'article sur les dénominations chrétiennes, je ne vais pas te dire quoi croire. Je vais te poser sur la table tous les éléments que j'ai pu trouver et vérifier : les textes, l'histoire, les arguments de chaque camp, et même les erreurs qui circulent des deux côtés. À toi d'étudier, de raisonner, et de choisir en conscience.
Mon fils, que ces enseignements ne s'éloignent pas de tes yeux, garde la sagesse et la réflexion : elles seront la vie de ton âme.
Proverbes 3:21-22 · Louis Segond 1910
1. Que dit exactement la doctrine de la Trinité ?
Avant de discuter pour ou contre, il faut savoir précisément de quoi on parle. Beaucoup de chrétiens qui croient à la Trinité seraient incapables de l'expliquer, et beaucoup de ceux qui la rejettent la caricaturent.
Dans sa forme officielle (fixée aux conciles de Nicée en 325 et de Constantinople en 381), la doctrine affirme :
- Il n'y a qu'un seul Dieu. Sur ce point, trinitaires, juifs et musulmans sont d'accord.
- Ce Dieu unique existe éternellement en trois personnes distinctes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
- Les trois sont pleinement Dieu, égaux et éternels. Aucun n'a été créé, aucun n'est « un peu moins Dieu » que l'autre.
- Ils partagent une seule et même nature divine (en grec ousia, « substance »). Le mot clé du concile de Nicée est homoousios : le Fils est « de même substance » que le Père.
- Le Fils s'est fait homme en Jésus. Depuis le concile de Chalcédoine (451), on dit qu'il est une seule personne en deux natures, vraiment Dieu et vraiment homme.

Un point important, que les deux camps reconnaissent : le mot « Trinité » ne se trouve nulle part dans la Bible. Il apparaît pour la première fois chez des auteurs chrétiens à la fin du IIe siècle. Les trinitaires répondent que le mot n'est pas biblique, mais que l'idée l'est, comme le mot « incarnation » ou « Bible » d'ailleurs. Ceux qui rejettent la doctrine répondent que si une vérité aussi centrale avait été révélée, on s'attendrait à la trouver dite clairement quelque part.
Aujourd'hui, la Trinité est confessée par les catholiques, les orthodoxes, et la grande majorité des protestants, évangéliques et pentecôtistes. Elle est donc la position de l'immense majorité des chrétiens. Mais majoritaire ne veut pas dire prouvé : c'est justement ce qu'on va examiner.
2. Mon problème de prière, et les trois réponses possibles
Revenons à ma question de départ : je prie Dieu « au nom de Jésus ». Est-ce que ce sont deux personnes ?
Ce qui est intéressant, c'est que cette simple question permet de comprendre les trois grandes familles de réponses qui existent dans le christianisme.
La réponse trinitaire
Oui, ce sont bien deux personnes distinctes : le Père et le Fils. Mais les deux sont Dieu. Mon intuition « ce sont deux personnes » n'était donc pas fausse du point de vue trinitaire ! L'erreur, selon cette doctrine, serait de penser que le Père est le Fils. On prie le Père, par le Fils, dans l'Esprit. C'est ce que décrit Paul : « par lui nous avons les uns et les autres accès auprès du Père, dans un même Esprit » (Éphésiens 2:18). Et on peut aussi prier Jésus directement, comme Étienne au moment de mourir : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit ! » (Actes 7:59).
La réponse unitarienne
Oui, ce sont deux personnes, et c'est bien la preuve qu'elles ne sont pas le même Dieu. Il y a un seul Dieu, le Père, et Jésus est son Messie, son envoyé, le médiateur entre lui et nous : « il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme » (1 Timothée 2:5). On prie Dieu au nom de Jésus comme on présente une demande avec la recommandation de celui que Dieu a choisi. Jésus lui-même l'a dit : « ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom » (Jean 16:23).
La réponse de l'unicité (« Oneness »)
Non, il n'y a qu'une seule personne. Dieu est un seul être, un seul « Je », qui s'est manifesté comme Père dans la création, comme Fils en Jésus, et comme Esprit dans l'Église. « Jésus » est le nom de ce Dieu unique révélé dans la chair. C'est pour ça que les églises de ce courant baptisent « au nom de Jésus-Christ » (Actes 2:38) plutôt qu'« au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ».
Trois réponses, trois manières de prier, et chacune a ses versets. Voyons maintenant ce que disent les textes, en commençant par le début.
3. Ce que dit l'Ancien Testament
Le cœur de la foi d'Israël tient en une phrase, que les juifs récitent encore chaque jour, le Shema :
Ecoute, Israël ! l'Eternel, notre Dieu, est le seul Eternel.
Deutéronome 6:4 · Louis Segond 1910
Et les prophètes le répètent avec force : « Je suis le premier et je suis le dernier, et hors moi il n'y a point de Dieu » (Ésaïe 44:6). Pour le judaïsme, cette unité est absolue. Au XIIe siècle, le grand penseur juif Maïmonide en a fait le deuxième de ses treize principes de foi : Dieu est un, d'une unité qui ne ressemble à aucune autre.
Ce que les trinitaires y voient
Les trinitaires ne contestent pas que Dieu soit un. Mais ils relèvent dans l'Ancien Testament des « indices » qu'ils lisent comme une préparation :
- Le mot Elohim (« Dieu ») est grammaticalement un pluriel.
- Dans la Genèse, Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image » (Genèse 1:26).
- Le mot echad (« un ») du Shema peut désigner une unité composée, comme l'homme et la femme qui deviennent une seule chair (Genèse 2:24).
- Dieu agit par sa Parole et son Esprit dès la création, et la Sagesse est parfois décrite comme une personne à ses côtés (Proverbes 8).
- Ésaïe annonce un enfant qu'on appellera « Dieu puissant, Père éternel » (Ésaïe 9:6).
Ce que répondent les juifs et les unitariens
- Elohim est un « pluriel de majesté ». Le même mot est utilisé pour désigner un seul dieu païen (le dieu des Philistins, Juges 16:24) et même un homme : « Vois, je te fais Dieu pour Pharaon », dit Dieu à Moïse (Exode 7:1). Et quand Elohim désigne le Dieu d'Israël, les verbes sont presque toujours au singulier.
- Le « faisons » de Genèse 1:26 a été compris par la tradition juive comme Dieu s'adressant à sa cour céleste, ou comme une manière solennelle de parler.
- Echad veut simplement dire « un ». Il désigne un ensemble quand le mot qui suit est un ensemble (une grappe, un peuple), mais le mot ne contient pas en lui-même l'idée de pluralité. Fait notable : même des auteurs chrétiens trinitaires reconnaissent que cet argument est faible et « presque impossible à prouver ».
- Le titre d'Ésaïe 9:6 est lu dans la tradition juive comme un nom-phrase à la gloire de Dieu, comme beaucoup de noms hébreux (Élie signifie « mon Dieu est l'Éternel » sans que le prophète soit Dieu). Et la Sagesse de Proverbes 8 dit elle-même : « L'Eternel m'a créée la première de ses oeuvres » (Proverbes 8:22). Ce verset, au IVe siècle, était l'un des arguments préférés… d'Arius.
4. Le Nouveau Testament : les textes qui divisent
C'est ici que tout se joue. Chaque camp a ses versets « forts ». Le plus honnête est de les regarder tous, avec les réponses de l'autre camp.
Les textes cités en faveur de la divinité de Jésus
Le prologue de Jean. « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu » (Jean 1:1), puis « la parole a été faite chair » (Jean 1:14). Pour les trinitaires, c'est la déclaration la plus claire : la Parole (le Logos) est éternelle, distincte du Père (« avec Dieu ») et pourtant Dieu.
Réponses : dans le grec, le premier « Dieu » a l'article (ton theon, « le Dieu ») et le second ne l'a pas (theos). Les Témoins de Jéhovah traduisent donc « la Parole était un dieu ». La plupart des spécialistes du grec rejettent cette traduction et comprennent plutôt « la Parole était de nature divine ». Les unitariens bibliques, eux, lisent le Logos non comme une personne, mais comme la pensée, le projet de Dieu, qui « devient chair » quand il se réalise en Jésus.
« Avant qu'Abraham fût, je suis. » (Jean 8:58). Pour les trinitaires, Jésus reprend le nom divin d'Exode 3:14 (« Je suis celui qui suis ») et affirme son existence éternelle. La réaction des auditeurs, qui ramassent des pierres pour le lapider (Jean 8:59), confirme qu'ils ont compris une prétention divine.
Réponses : dans la traduction grecque de l'Ancien Testament utilisée à l'époque, le nom de Dieu en Exode 3:14 est ho ôn (« celui qui est »), pas simplement egô eimi (« je suis »). Et l'aveugle guéri utilise exactement la même formule egô eimi un chapitre plus loin, pour dire simplement « c'est moi » (Jean 9:9). Les unitariens comprennent donc que Jésus existait d'avance dans le plan de Dieu. Les trinitaires répondent que le contexte (« avant Abraham ») et la réaction violente changent tout, et que la formule egô eimi est aussi celle de Dieu dans la traduction grecque d'Ésaïe (43:10).
« Mon Seigneur et mon Dieu ! » C'est ce que dit Thomas en voyant Jésus ressuscité (Jean 20:28), et Jésus ne le reprend pas.
Réponses : certains y voient une exclamation adressée à Dieu à la vue du miracle ; d'autres rappellent que le mot « dieu » peut, dans la Bible, s'appliquer à un représentant de Dieu (Exode 7:1, Psaume 82:6, cité par Jésus lui-même en Jean 10:34). Les trinitaires répondent que Thomas s'adresse clairement à Jésus (« lui répondit »), et que Jean conclut son Évangile juste après.
L'hymne des Philippiens. Paul écrit que Jésus, « existant en forme de Dieu, n'a point regardé comme une proie à arracher d'être égal avec Dieu, mais s'est dépouillé lui-même » (Philippiens 2:6-7). Puis il applique à Jésus une phrase où Dieu parle de lui-même chez Ésaïe : « Tout genou fléchira devant moi » (Ésaïe 45:23) devient « au nom de Jésus tout genou fléchisse » (Philippiens 2:10).
Réponses : le même passage dit que c'est Dieu qui « l'a souverainement élevé » et lui a « donné » ce nom, et que tout cela se fait « à la gloire de Dieu le Père » (2:9-11). On ne donne pas à Dieu ce qu'il possède déjà, disent les unitariens. Et « forme de Dieu » peut désigner l'image de Dieu que portait Jésus, comme Adam, mais sans chercher à s'emparer de l'égalité avec Dieu.
L'épître aux Hébreux. Elle dit du Fils que Dieu « a aussi créé le monde » par lui (Hébreux 1:2), l'appelle « ô Dieu » (1:8) et lui applique un psaume où le Seigneur fonde la terre et les cieux (1:10).
Réponses : Hébreux 1:8 cite le Psaume 45, un chant de mariage pour un roi d'Israël, qui continue : « ô Dieu, ton Dieu t'a oint ». Le roi est appelé « dieu » tout en ayant un Dieu au-dessus de lui. Les trinitaires répondent que le verset 10 va beaucoup plus loin : il attribue au Fils la création elle-même, ce qu'aucun roi ne peut revendiquer.
L'Apocalypse. Jésus y dit : « Je suis le premier et le dernier, et le vivant. J'étais mort ; et voici, je suis vivant » (Apocalypse 1:17-18), et plus loin : « Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier » (22:13). Or Dieu disait chez Ésaïe : « Je suis le premier et je suis le dernier, et hors moi il n'y a point de Dieu » (Ésaïe 44:6).
Réponses : les unitariens font remarquer que celui qui est éternel ne peut pas dire « j'étais mort », et que le titre doit donc avoir un autre sens appliqué à Jésus (le premier et le dernier des ressuscités, par exemple). Je reviens plus bas sur ces versets, car ils sont souvent mal cités, dans un camp comme dans l'autre.
L'adoration. Les disciples se prosternent devant Jésus ressuscité (Matthieu 28:17), et dans l'Apocalypse, la même louange est rendue « à celui qui est assis sur le trône, et à l'agneau » (Apocalypse 5:13). Pourtant, quand Jean se prosterne devant un ange, celui-ci refuse : « Garde-toi de le faire ! … Adore Dieu » (Apocalypse 22:9).
Réponses : le verbe grec traduit par « se prosterner » (proskuneô) est aussi utilisé pour l'hommage rendu à un maître (Matthieu 18:26). Et dans l'Ancien Testament, l'assemblée d'Israël « se prosterna devant l'Eternel et devant le roi » (1 Chroniques 29:20) sans adorer le roi comme Dieu.
Les textes cités contre la Trinité
« Toi, le seul vrai Dieu ». Dans sa grande prière, Jésus dit au Père : « la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17:3). Pour les unitariens, c'est le verset le plus clair : Jésus appelle le Père « le seul vrai Dieu », et se place à part, comme l'envoyé.
Réponse trinitaire : Jésus oppose le vrai Dieu aux faux dieux, pas au Fils. Et dans le même Évangile, il dit : « Moi et le Père nous sommes un » (Jean 10:30) et « Celui qui m'a vu a vu le Père » (Jean 14:9).
« Un seul Dieu, le Père ». Paul écrit : « pour nous il n'y a qu'un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses […] et un seul Seigneur, Jésus-Christ, par qui sont toutes choses » (1 Corinthiens 8:6). Pour les unitariens, le « seul Dieu » est explicitement le Père, et Jésus est le « Seigneur », un titre de roi.
Réponse trinitaire : le bibliste Richard Bauckham a soutenu que Paul reprend ici les mots mêmes du Shema (« Dieu » et « Seigneur ») et les répartit entre le Père et Jésus. Il inclurait donc Jésus à l'intérieur de l'identité du Dieu unique, et ajoute que tout a été fait par lui.
Un Fils qui a un Dieu, qui ignore et qui est soumis. Plusieurs paroles de Jésus semblent le placer en dessous du Père :
- « le Père est plus grand que moi » (Jean 14:28) ;
- « je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17), après sa résurrection ;
- « Pour ce qui est du jour ou de l'heure, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul » (Marc 13:32) ;
- « Pourquoi m'appelles-tu bon ? Il n'y a de bon que Dieu seul » (Marc 10:18) ;
- et à la fin des temps, « le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses » (1 Corinthiens 15:28).
Réponse trinitaire : ces paroles concernent la nature humaine de Jésus. En tant qu'homme, il a un Dieu, il prie, il ignore l'heure. En tant que Fils éternel, il est égal au Père. Pour Marc 10:18, beaucoup de commentateurs, dès l'Antiquité, comprennent : « Si tu m'appelles bon, as-tu compris qui je suis ? »
Réponse unitarienne : la distinction des « deux natures » n'apparaît nulle part dans le texte. Elle a été formulée au concile de Chalcédoine en 451, quatre siècles plus tard, précisément pour résoudre ces versets qui posaient problème. Et en Jean 20:17, Jésus est déjà ressuscité, glorifié, et il dit encore « mon Dieu ».
Jésus, celui qui dit le plus « mon Dieu » dans le Nouveau Testament. Un détail frappe quand on prend le temps de compter. Dans tout le Nouveau Testament, la personne qui dit le plus souvent « mon Dieu », c'est Jésus lui-même : dix fois dans la Louis Segond. Sur la croix (Matthieu 27:46, Marc 15:34), après sa résurrection (Jean 20:17), et même glorifié dans le ciel, où il dit quatre fois « mon Dieu » dans un seul verset (Apocalypse 3:12, voir aussi 3:2). Paul, qui vient juste après, le dit six fois.
Et quand Jésus dit « mon Père », ce qu'il fait près de cinquante fois, il parle de Dieu. C'est lui-même qui met les deux expressions côte à côte : « je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jean 20:17). Ailleurs, il parle du Fils de l'homme « que le Père, que Dieu a marqué de son sceau » (Jean 6:27). Dans sa bouche, « le Père » et « Dieu » désignent la même personne.
De la même manière, dans le Nouveau Testament, Jésus est celui qui est le plus souvent appelé « serviteur » de Dieu : « Voici mon serviteur que j'ai choisi » (Matthieu 12:18, qui cite Ésaïe), puis « son serviteur Jésus » et « ton saint serviteur Jésus » dans les prières des premiers disciples (Actes 3:13, 3:26, 4:27, 4:30). Aucun autre personnage du Nouveau Testament ne reçoit ce titre aussi souvent.
Attention cependant à ne pas exagérer, comme on l'entend parfois. Sur l'ensemble de la Bible, ce n'est pas Jésus qui dit le plus « mon Dieu » : les Psaumes contiennent à eux seuls près de soixante fois l'expression. Et ce n'est pas lui le plus souvent appelé « serviteur » de Dieu : Moïse et David le sont chacun une quarantaine de fois. Enfin, le mot grec traduit par « serviteur » dans les Actes (pais) peut aussi signifier « enfant », et certaines traductions anciennes l'ont rendu ainsi.
Réponse trinitaire : c'est exactement ce que dit la doctrine. En devenant homme, le Fils a pris « une forme de serviteur » (Philippiens 2:7) ; en tant qu'homme, il prie, il obéit et il a un Dieu.
Réponse unitarienne : un Dieu qui, même ressuscité et glorifié au ciel, continue de dire « mon Dieu » à un autre que lui, est difficile à concilier avec l'idée qu'il soit ce même Dieu.
La prédication des apôtres. Dans les Actes, les premiers discours présentent Jésus comme « cet homme à qui Dieu a rendu témoignage par les miracles […] qu'il a opérés par lui » (Actes 2:22), que « Dieu a fait Seigneur et Christ » (Actes 2:36), et dont il est dit que « Dieu était avec lui » (Actes 10:38). Nulle part dans les Actes, les apôtres ne disent à la foule « Jésus est Dieu ».
Fait intéressant : ce constat n'est pas une invention moderne. Au IVe siècle, Jean Chrysostome, archevêque de Constantinople et grand défenseur de la divinité du Christ, le reconnaissait déjà dans son commentaire des Actes. Selon lui, les apôtres menaient leurs auditeurs « doucement et par degrés vers les vérités plus hautes », car si les Juifs voulaient lapider Jésus quand il parlait de son égalité avec le Père, ils ne l'auraient pas accepté de simples pêcheurs. Les trinitaires y voient une pédagogie ; les unitariens, la preuve que la divinité de Jésus ne faisait pas partie de la prédication des apôtres.
Deux points de texte que tout le monde devrait connaître
Le verset de 1 Jean 5:7 n'est pas authentique. Si tu as une vieille Bible (Martin, Ostervald, ou la King James en anglais), tu lis peut-être : « Car il y en a trois dans le Ciel qui rendent témoignage, le Père, la Parole, et le Saint-Esprit ; et ces trois-là ne sont qu'un. » C'est la phrase la plus trinitaire de toute la Bible… et elle a été ajoutée. Elle n'apparaît dans le texte d'aucun manuscrit grec avant le XIVe siècle. On la trouve d'abord dans des textes latins vers l'an 380. Érasme l'avait retirée de ses éditions du Nouveau Testament grec en 1516 et 1519, et ne l'a ajoutée en 1522 qu'après qu'on lui a présenté un manuscrit grec récent qui la contenait, tout en exprimant ses doutes. Toutes les traductions modernes, catholiques comme protestantes, l'ont retirée, et la Louis Segond dit simplement : « Car il y en a trois qui rendent témoignage : l'Esprit, l'eau et le sang ». Les trinitaires sérieux ne l'utilisent plus. Si quelqu'un te la cite comme preuve, tu sais maintenant quoi répondre.
La formule du baptême. Jésus ressuscité envoie ses disciples baptiser « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Matthieu 28:19). Cette formule est présente dans tous les manuscrits connus, et on la retrouve dans la Didachè, un texte chrétien de la fin du Ier siècle. Pour les trinitaires, c'est un argument fort : les trois sont nommés ensemble, sous un seul « nom ». Mais dans les Actes, les apôtres baptisent « au nom de Jésus-Christ » (Actes 2:38), ce sur quoi s'appuient les églises de l'unicité. Et les unitariens rappellent que nommer trois choses ensemble ne dit pas qu'elles sont un seul Dieu.
5. Comment la doctrine s'est formée dans l'histoire
Si la Bible ne contient pas la doctrine sous sa forme finale, d'où vient-elle ? Sur ce point, l'histoire est assez bien documentée. Ce sont ses interprétations qui divisent.
Les premières générations
Un fait surprend beaucoup de gens : les premiers chrétiens ont très tôt prié Jésus et chanté ses louanges. L'historien Larry Hurtado a montré que, dès les années 50, les communautés de langue araméenne l'invoquaient avec l'expression Maranatha, « Seigneur, viens ! » (1 Corinthiens 16:22). Pour lui, cette dévotion est née chez des juifs monothéistes, très tôt, et pas plus tard sous l'influence grecque.
L'historien Bart Ehrman, agnostique, est d'accord sur la précocité, mais pas sur le sens. Selon lui, les premiers disciples ont cru que Jésus avait été élevé au rang divin par sa résurrection, puis la réflexion est remontée progressivement : divin depuis son baptême, puis depuis sa naissance, puis de toute éternité. Pour Ehrman, la Trinité est l'aboutissement de quatre siècles de développement.
Le IIe siècle : des chrétiens qui ne pensent pas tous pareil
Vers 110, Ignace, évêque d'Antioche, écrit déjà : « notre Dieu, Jésus-Christ, a été porté dans le sein de Marie » (Lettre aux Éphésiens, 18). Vers 155, Justin Martyr explique à un juif que le Logos est « un autre Dieu » sous le Créateur, une formule que la doctrine ultérieure rejettera. Et Justin reconnaît honnêtement que tous les chrétiens ne pensent pas comme lui : « il y a quelques-uns de notre race qui admettent qu'il est le Christ, tout en le tenant pour un homme né des hommes » (Dialogue avec Tryphon, 48).
Vers 180, Théophile d'Antioche est le premier auteur connu à utiliser le mot grec trias (« triade ») pour parler de « Dieu, sa Parole et sa Sagesse ».
Le IIIe siècle : le mot « Trinité » et la résistance des « simples »
Vers 213, Tertullien, en Afrique du Nord, est le premier auteur connu à employer le mot latin trinitas, avec le mot persona (« personne »). Il le fait dans un traité contre un certain Praxéas, pour qui le Père et le Fils étaient une seule et même personne. Et il fait deux aveux remarquables. D'abord :
Les simples, en effet (je ne les appellerai pas imprudents ni ignorants), qui constituent toujours la majorité des croyants, s'effraient de l'économie [des trois] […] Ils nous reprochent sans cesse de prêcher deux ou trois dieux. (Tertullien, Contre Praxéas, chapitre 3)
Et à la fin du même livre, il explique ce qui distingue selon lui les chrétiens des juifs :
Quelle différence y aurait-il entre nous et eux, sans cette distinction ? […] Dieu a voulu renouveler son alliance de telle sorte que son unité soit crue d'une manière nouvelle, par le Fils et l'Esprit. (Tertullien, Contre Praxéas, chapitre 31)
Ceux qui rejettent la Trinité lisent ces deux passages comme un aveu : la majorité des croyants d'alors pensaient comme les juifs, et la doctrine est « une manière nouvelle ». Les trinitaires répondent que Tertullien parle d'une révélation nouvelle par Jésus (c'est le sens de « Nouveau » Testament) et que les « simples » n'avaient pas encore le vocabulaire pour exprimer ce qu'ils vivaient dans leur prière.
Au même siècle, deux courants dits « monarchiens » défendent l'unité de Dieu de deux manières opposées : les uns voient en Jésus un homme rempli de la puissance de Dieu (Paul de Samosate, évêque d'Antioche, déposé vers 268), les autres un seul Dieu qui se manifeste sous trois modes (Sabellius). Et même Origène, l'un des plus grands théologiens de l'époque, considère le Fils comme subordonné au Père.
Le IVe siècle : la crise arienne et les conciles
Vers 318, à Alexandrie, le prêtre Arius enseigne que le Fils a été créé par le Père avant toutes choses : « il fut un temps où il n'était pas ». La controverse enflamme tout l'Empire. L'empereur Constantin, qui vient de légaliser le christianisme, convoque en 325 le concile de Nicée, où se réunissent entre 250 et 318 évêques. Le concile déclare le Fils homoousios, « de même substance » que le Père, et exile Arius. Sur le Saint-Esprit, le texte de Nicée ne dit presque rien.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Constantin rappelle Arius quelques années plus tard, et se fait baptiser à la fin de sa vie par Eusèbe de Nicomédie, un évêque favorable à Arius. Pendant des décennies, l'arianisme domine une grande partie de l'Empire. Après le concile de Rimini en 359, saint Jérôme écrira cette phrase célèbre : « Le monde entier gémit et s'étonna de se découvrir arien. »
En 380, l'empereur Théodose fait de la foi de Nicée la religion officielle de l'Empire. En 381, le concile de Constantinople complète le credo en affirmant la divinité du Saint-Esprit. C'est seulement à ce moment que la doctrine de la Trinité prend la forme qu'on lui connaît aujourd'hui. Il faudra encore le concile de Chalcédoine (451) pour définir les « deux natures » de Jésus, et le troisième concile de Constantinople (680-681) pour affirmer qu'il avait deux volontés, divine et humaine.
Repères : de Jésus à la doctrine de la Trinité
- vers 30Mort et résurrection de JésusSelon les Évangiles. Les premiers disciples sont tous juifs.
- années 50Lettres de Paul« Un seul Dieu, le Père […] et un seul Seigneur, Jésus-Christ » (1 Co 8:6). Prière araméenne Maranatha.
- vers 90-100Évangile de Jean« La Parole était Dieu » (Jean 1:1).
- vers 110Ignace d'AntiocheAppelle Jésus-Christ « notre Dieu ».
- vers 155Justin MartyrLe Logos « autre Dieu » ; certains chrétiens tiennent Jésus pour un simple homme.
- vers 180Théophile d'AntiochePremier emploi connu du mot « triade » (trias).
- vers 213TertullienPremier emploi connu du mot latin trinitas.
- 318AriusLe Fils serait la première créature du Père.
- 325Concile de NicéeLe Fils est « de même substance » (homoousios) que le Père.
- 359Concile de RiminiTriomphe temporaire de l'arianisme.
- 381Concile de ConstantinopleDivinité du Saint-Esprit : la Trinité est formulée.
- 451Concile de ChalcédoineJésus : une personne, deux natures.
- 1054Grand SchismeOrient et Occident se séparent, notamment sur l'origine du Saint-Esprit (le Filioque).
- 1553Michel ServetBrûlé à Genève pour avoir nié la Trinité.
6. Qui rejette la Trinité aujourd'hui, et pourquoi ?
Le judaïsme
Pour le judaïsme, le Shema dit tout : Dieu est un, absolument, et aucun homme ne peut être Dieu. Le Messie attendu est un homme, un descendant de David. Maïmonide classait le christianisme parmi les cultes idolâtres, mais d'autres autorités juives (les Tossafistes au Moyen Âge, Moïse Isserles au XVIe siècle) ont estimé que l'association d'autres figures à Dieu, qu'ils appellent shituf, n'était pas interdite aux non-juifs. Même dans le judaïsme, le jugement sur les chrétiens n'est donc pas unanime.
L'islam
Le Coran s'adresse directement aux chrétiens sur ce sujet :
Le Messie Jésus, fils de Marie, n'est qu'un Messager d'Allah, Sa parole qu'Il envoya à Marie, et un souffle (de vie) venant de Lui. Croyez donc en Allah et en Ses Messagers. Et ne dites pas : « Trois ». Cessez ! Ce sera meilleur pour vous. (Coran, sourate 4, verset 171, traduction Hamidullah)
Pour l'islam, Jésus est un très grand prophète, le Messie, né d'une vierge, appelé « parole de Dieu »… mais pas Dieu. La sourate 112 résume la foi musulmane : « Il n'a jamais engendré, n'a pas été engendré non plus. Et nul n'est égal à Lui. » Et l'enjeu est présenté comme vital : « Certes Allah ne pardonne pas qu'on Lui donne quelque associé » (sourate 4, verset 48). Au Cameroun, où environ un quart de la population est musulmane, cette question n'est pas théorique : c'est souvent la première objection qu'un chrétien entend de son voisin ou de son collègue.
Les chrétiens non trinitaires
C'est ce qu'on sait le moins : il existe aussi des millions de chrétiens, qui lisent la même Bible, et qui rejettent la Trinité. Mais attention, ils ne sont pas d'accord entre eux.
- Les Témoins de Jéhovah (environ 9 millions de prédicateurs dans le monde, et plus de 21 millions de personnes à leur célébration annuelle en 2024) : Jéhovah, le Père, est le seul Dieu tout-puissant. Jésus est sa première création, qui existait avant de venir sur terre. Le Saint-Esprit n'est pas une personne, mais la force agissante de Dieu.
- Les pentecôtistes de l'unicité (« Oneness », environ 30 millions de fidèles, dont l'Église pentecôtiste unie internationale) : un seul Dieu, une seule personne, qui s'est manifestée comme Père, Fils et Esprit. Jésus est ce Dieu unique fait homme. Ce courant est très présent dans les églises pentecôtistes noires aux États-Unis et au Royaume-Uni, et il est aussi implanté en Afrique.
- Les unitariens bibliques et les christadelphes : Jésus est le Messie, Fils de Dieu, conçu miraculeusement, mais un homme qui n'existait pas avant sa naissance. C'est exactement la position que Vincent de Lérins, au Ve siècle, attribuait à l'évêque Photin, condamné au siècle précédent : « Il dit que Dieu est unique et solitaire, et qu'il faut le concevoir comme les Juifs le concevaient […] Le Christ, il affirme qu'il fut un simple homme, dont l'origine est Marie. »
- Les mormons (Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours) : le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois êtres distincts, unis par le but, ce qui n'est pas non plus la Trinité.
Historiquement, le refus de la Trinité a coûté cher. En 1553, le médecin et théologien espagnol Michel Servet a été brûlé vif à Genève, avec l'appui de Calvin, pour avoir écrit contre la Trinité. Au XVIe siècle, des églises antitrinitaires sont nées en Pologne et en Transylvanie, où l'Église unitarienne existe toujours depuis 1568. Et l'on sait aujourd'hui, par ses manuscrits, que le physicien Isaac Newton rejetait lui aussi la Trinité, en privé.
7. Des arguments qui circulent : ce qui est vrai, ce qui est faux
Sur ce sujet, beaucoup d'arguments circulent : dans les débats entre chrétiens et musulmans, sur YouTube, dans les prédications ou dans les groupes WhatsApp. Ils sont souvent cités de mémoire, et se répètent de bouche à oreille. J'ai vérifié les plus fréquents, parce qu'un argument faux, même s'il va dans le sens de ce qu'on croit, ne nous rend pas service.
- Proverbes 3:21 est souvent cité ainsi : « garde la réflexion et la raison, ils seront le salut de ton âme ». Le texte dit en réalité : « garde la sagesse et la réflexion : elles seront la vie de ton âme ». Le mot « salut » n'y est pas.
- « Jésus dit qu'il est l'alpha et l'oméga en Apocalypse 1:8. » Faux pour ce verset : celui qui parle est « le Seigneur Dieu… le Tout-Puissant », et la plupart des commentateurs y voient Dieu le Père.
- « Ce n'est jamais Jésus qui dit "je suis le premier et le dernier". » Faux : en Apocalypse 1:17-18, celui qui dit « Je suis le premier et le dernier… J'étais mort » est bien Jésus.
- « La majorité des savants attribuent Apocalypse 22:13 à Dieu le Père. » Je n'ai trouvé aucune source qui le confirme. Le verset fait partie d'un discours continu qui se termine par « Moi, Jésus, j'ai envoyé mon ange » (22:16), et la plupart des commentaires l'attribuent à Jésus, même si quelques lecteurs pensent que les interlocuteurs alternent.
- « "Je suis" (egô eimi) est le nom de Dieu. » À nuancer. La traduction grecque d'Exode 3:14 nomme Dieu ho ôn (« celui qui est »), et l'aveugle de Jean 9:9 dit aussi egô eimi pour dire « c'est moi ». La formule seule ne prouve donc rien : tout le débat porte sur son contexte en Jean 8:58.
- « Jésus est celui qui dit le plus "mon Dieu" dans toute la Bible. » Vrai pour le Nouveau Testament, faux pour la Bible entière, comme on l'a vu plus haut.
- Tertullien est cité par ceux qui rejettent la Trinité. Les deux citations sont authentiques : la « majorité des croyants » effrayée par la doctrine (chapitre 3, et non 31 comme on le lit souvent) et l'unité « crue d'une manière nouvelle » (chapitre 31).
- Jean Chrysostome est cité par les deux camps. Il a bien écrit que les apôtres ne prêchaient pas d'emblée la divinité du Christ, par pédagogie. Le fait est reconnu des deux côtés ; seule l'interprétation diffère.
- Vincent de Lérins sur Photin : la citation est authentique (Commonitorium, chapitre 12).
- « Echad veut dire unité composée. » Argument faible, et jugé faible y compris par des auteurs chrétiens trinitaires.
Conclusion de cette vérification : chaque camp a de bons arguments, et chaque camp en fait circuler de faux. Raison de plus pour ne jamais se contenter d'un débat, d'une vidéo ou d'un prédicateur, quel que soit son camp.
8. Alors, se tromper de Dieu : quel enjeu ?
Revenons à la question du début : si l'on se trompe de Dieu, qu'est-ce que cela implique ? Les différentes traditions ne répondent pas de la même manière.
- Dans l'islam, associer quelqu'un à Dieu est le seul péché que Dieu ne pardonne pas si l'on meurt sans s'en repentir (sourate 4:48).
- Dans le christianisme trinitaire, le Symbole dit « d'Athanase », un credo latin du Ve ou VIe siècle, commence par ces mots : « Quiconque veut être sauvé doit, avant tout, tenir la foi catholique », et cette foi est définie comme l'adoration d'un seul Dieu dans la Trinité. Mais l'Église catholique enseigne aussi que ceux qui, sans faute de leur part, ignorent l'Évangile et cherchent Dieu sincèrement peuvent être sauvés (Catéchisme, n° 847). Beaucoup de protestants pensent, de leur côté, que le salut dépend de la foi en Jésus comme Sauveur plus que de la maîtrise d'une formule.
- Dans le judaïsme, on l'a vu, certaines autorités considèrent le culte trinitaire comme de l'idolâtrie, d'autres non pour les non-juifs.
- Jésus lui-même relie la vie éternelle à la connaissance de Dieu : « la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jean 17:3). Ce verset est cité avec la même force par les trinitaires, parce qu'il place Jésus au cœur de la vie éternelle, et par les unitariens, parce qu'il appelle le Père « le seul vrai Dieu ».
Les avis divergent donc aussi sur les conséquences. Mais une chose met tout le monde d'accord : la question mérite d'être étudiée sérieusement, personnellement, et pas seulement héritée.
9. Comment étudier cette question par toi-même
Si, comme moi, cette question touche ta foi, voici la démarche que je te propose :
- Lis les textes dans leur contexte. Pour chaque verset cité, lis le chapitre entier. Demande-toi : qui parle ? À qui ? Dans quelle situation ?
- Compare plusieurs traductions : Louis Segond, Darby, la TOB, la Bible de Jérusalem, et même la Traduction du monde nouveau des Témoins de Jéhovah, pour comprendre où les traducteurs font des choix.
- Fais la différence entre ce que dit le texte et ce qu'on en déduit. Le texte dit-il « Jésus est Dieu », ou est-ce une conclusion tirée de plusieurs textes ? Le texte dit-il « Jésus n'est pas Dieu », ou est-ce aussi une conclusion ?
- Écoute les meilleurs défenseurs de chaque position, et pas leurs caricatures. Côté trinitaire : Richard Bauckham, Larry Hurtado. Côté unitarien : Dale Tuggy, Anthony Buzzard. Côté historien critique : Bart Ehrman. Côté juif et musulman : leurs propres auteurs, pas ce que les chrétiens disent d'eux.
- Garde la sagesse et la réflexion. Prie, réfléchis, prends ton temps. Une conviction qui a résisté à l'examen vaut infiniment plus qu'une conviction héritée.
Conclusion
Je suis parti d'une petite gêne dans ma prière : je parlais à Dieu au nom de Jésus, et pour moi c'étaient deux personnes.
Aujourd'hui, je sais au moins une chose : cette gêne n'était pas ridicule. Elle touche exactement la question que les chrétiens se sont posée pendant quatre siècles, que des conciles ont tenté de trancher, pour laquelle des hommes ont été exilés et même brûlés, et qui sépare encore aujourd'hui chrétiens, juifs et musulmans.
Le trinitaire te dira : tu avais raison, ce sont deux personnes, et les deux sont Dieu. L'unitarien te dira : tu avais raison, ce sont deux personnes, et c'est pour ça qu'une seule est Dieu. Le pentecôtiste de l'unicité te dira : non, c'est une seule personne, et Jésus est son nom. Le musulman et le juif te diront : Dieu est un, et Jésus est son serviteur.
Ils ne peuvent pas tous avoir raison. Mais c'est à toi, avec ta Bible, ta raison et ta conscience, de chercher qui a raison.
Et toi, quand tu pries, à qui parles-tu ?
Merci d'avoir pris le temps de lire cet article jusqu'au bout. Si ce contenu t'a aidé, intéressé ou fait réfléchir, sache que ce blog publie régulièrement d'autres articles sur des questions bibliques et spirituelles, avec la même volonté de clarté, de profondeur et d'honnêteté. N'hésite pas à revenir de temps en temps pour découvrir les prochaines publications. ✝️
Sources et références
Bible Louis Segond 1910 (domaine public) ; Bible Martin 1744 pour l'ancien texte de 1 Jean 5:7
Coran, traduction Muhammad Hamidullah : https://quran.com/fr/4/171 ; https://quran.com/fr/4/48 ; https://quran.com/fr/112
Tertullien, Contre Praxéas, chapitres 3 et 31 : https://www.newadvent.org/fathers/0317.htm ; https://bkv.unifr.ch/works/cpl-26/versions/against-praxeas/divisions/32
Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon, 48 : https://www.newadvent.org/fathers/01284.htm
Ignace d'Antioche, Lettre aux Éphésiens, 7 et 18 : https://www.newadvent.org/fathers/0104.htm
Jean Chrysostome, Homélie 1 sur les Actes des Apôtres : https://www.newadvent.org/fathers/210101.htm
Grégoire de Nazianze, Discours théologique 5 (31), § 26 : https://www.newadvent.org/fathers/310231.htm
Vincent de Lérins, Commonitorium, chapitre 12 : https://www.newadvent.org/fathers/3506.htm
Théophile d'Antioche et les Pères : https://en.wikipedia.org/wiki/Trinitarianism_in_the_Church_Fathers
Premier concile de Nicée : https://en.wikipedia.org/wiki/First_Council_of_Nicaea
Comma johannique (1 Jean 5:7) : https://en.wikipedia.org/wiki/Johannine_Comma
Ego eimi : https://en.wikipedia.org/wiki/Ego_eimi
Non-trinitarisme (Photin, Servet, Transylvanie, Newton, groupes actuels) : https://en.wikipedia.org/wiki/Nontrinitarianism
Pentecôtisme unitaire (Oneness) : https://en.wikipedia.org/wiki/Oneness_Pentecostalism
Témoins de Jéhovah, rapport mondial 2024 : https://www.jw.org/en/library/books/2024-Service-Year-Report-of-Jehovahs-Witnesses-Worldwide/2024-Grand-Totals/
Shituf et Maïmonide : https://en.wikipedia.org/wiki/Shituf
Elohim, lecture juive : https://jewsforjudaism.org/knowledge/articles/oneness-of-god-the-meaning-of-elohim
Le Shema et l'argument de l'« unité composée » (auteur chrétien) : https://www.equip.org/articles/deuteronomy-64-trinity-can-jews-christians-embrace-echad-shema/
Larry Hurtado, Lord Jesus Christ (recension) : https://www.thegospelcoalition.org/themelios/review/lord-jesus-christ-devotion-to-jesus-in-earliest-christianity/
Bart Ehrman, résumé sur la Trinité : https://ehrmanblog.org/the-trinity-a-final-summation/
Alpha et Oméga (Apocalypse 1:8, 21:6, 22:13) : https://search.biblegateway.com/resources/encyclopedia-of-the-bible/Alpha-Omega
Démographie religieuse du Cameroun (rapport 2023 sur la liberté religieuse) : https://www.ecoi.net/de/dokument/2111838.html
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